Etre mince, est-ce vraiment mieux?

Au primaire, certaines personnes étaient victimes d’intimidation parce qu’elles avaient des lunettes. D’autres, parce qu’elles portaient des broches. Certaines, parce qu’elles ne couraient vraiment pas très vite. La façon que les autres élèves riaient de moi? J’étais mince.

J’ai toujours été mince, je suis juste née comme cela. Je n’ai jamais eu besoin de regarder les calories sur un paquet de biscuits et je n’ai jamais second-guess ma deuxième assiette. J’ai aussi toujours bien mangé. Mes parents m’ont appris très jeune à apprécier les aliments bons pour mon corps et ma tête. Par contre, je suis aussi une personne très stressée. Mon métabolisme suit la vitesse de mes pensées: en constante ébullition. Cela vient avec des pour et des contre, puisque la perte de poids et le stress sont intimement reliés.

La façon que les gens ont trouvée, toute ma vie, de rire de moi, c’est que j’étais mince. « Vas manger des gâteaux esti », on m’a une fois gentiment dit dans une soirée entre amis. Une madame m’a un jour aimablement arrêté dans la rue, pour me faire part de son idéal de beauté « Ark t’es dégeux t’es ben trop mince ». Mes professeurs appelaient mes parents au secondaire pour leur demander si je mangeais bien à la maison. Ma famille demandais souvent à ma mère si j’avais un trouble alimentaire. Je les aies toutes entendues, les « insultes » de minces: « t’es juste un paquet d’os », « un petit Mcdo ça te tente pas », etc.

Pourquoi je partage cela? First world problem, vous me direz. Eh bien, j’avais envie de montrer un autre côté de la médaille, celui dont on ne parle jamais. « Real women have curves« , ha ben coudonc je dois pas être une vraie femme. « Le tight gap c’est impossible à avoir,  juste les anorexiques peuvent y parvenir », eh ben, je dois avoir un problème. La fois où une compagnie, avec laquelle j’ai d’ailleurs déjà travaillé, m’a rappelé que « zero is not a size » sur une affiche imprimée en grand dans leur magasin, afin de promouvoir l’acceptation de soi. Comment puis-je être en paix avec moi-même alors que la grandeur de mes vêtements est synonyme de maladie?

J’arrive présentement à ma fin vingtaine et je dois vous avouer que ça m’a pris un certain temps à être à l’aise avec le fait que j’ai l’air d’un long spaghetti pas cuit. Je suis consciente que c’est l’idéal de beauté représenté dans les magazines. Je sais que les vêtements sont dessinés et destinés à ma morphologie. Mais tout de même, je ne me suis pas sentie comme « une vraie fille » durant de nombreuses années.

Heureusement, la courbe de l’acceptation de soi est en ascension avec les années. On s’accepte comme on est, avec nos défauts, nos qualités. Mais ceci est juste un petit message pour vous dire que le fait qu’une fille soit mince n’améliore pas nécessairement sa confiance en soi lorsqu’elle est adolescente. Ni adulte. Si l’on pèse nos mots, comme dirait Mitsou, avec nos soeurs à « taille délicieuse », peut-être devrions nous faire la même chose avec celles qui n’ont pas de curves. Parce qu’elles aussi travaillent sur leur confiance en soi, jour après jour.


Photo par Sarah-Emily St-Gelais

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Lacasse Gabrielle

Gabrielle est la rédactrice en chef de Dentelle+Fleurs. Jeune femme à l’âme créative, passionnée d’écriture et de photographie, elle utilise le web pour partager ses coups de coeur et ses œuvres.